Nous sommes entourés d’images qui affirment, montrent, désignent, imitent, documentent. Aujourd’hui plus que jamais, les représentations visuelles sont omniprésentes et de moins en moins fiables. Plus une image paraît réelle, moins nous lui faisons confiance.
Je peins alors des états d’être : tension, solitude, transformation, rupture, devenir, à travers des formes qui apparaissent au seuil de la reconnaissance. Elles peuvent évoquer un corps, un animal, un paysage ou une présence familière, puis s’en éloigner. Ce qui m’intéresse est ce moment d’incertitude où nous croyons reconnaître quelque chose et où la perception commence déjà à reconstruire ce qu’elle voit.
Je m’intéresse à ce qui arrive juste avant qu’une image ne devienne certaine d’elle-même : lorsqu’une forme est déjà présente, mais que son identité reste instable. Le regard cherche à reconnaître. Il complète ce qui manque, rapproche la forme d’images déjà mémorisées, corrige l’ambiguïté et finit par lui donner un nom. Dans ma peinture, je cherche à ralentir ce processus.
Je travaille à partir de sources hétérogènes : observation, mémoire, archives, images trouvées ou produites, que la peinture déplace et transforme. Ce qui m’attire dans ces sources, ce sont leurs failles : une erreur de reconnaissance, de mémoire, de reproduction ou de perception, tout ce qui peut faire perdre à l’image son évidence. Je superpose, efface, déplace, fragmente et repeins afin de maintenir l’image dans un état de devenir, de transition.
Peindre devient alors une manière de maintenir l’image ouverte : assez présente pour être reconnue, assez instable pour ne pas encore affirmer sa verité. Construire une image avant qu’elle ne mente.
Mes œuvres ne cherchent ni à fixer une identité ni à produire une image fantastique ou surréaliste, mais à préserver cet intervalle, avant que la perception ne referme une forme sur un nom, un récit ou une certitude.